La famille KNOEPFFLER

A Saverne en 1918-1919 - Manifestations civiques au retour à la France (1918-1919)

A Saverne en 1918-1919

 

 

Manifestations civiques au retour à la France (1918-1919)

 

 

 

 

Préambule

 

     L’article de presse ci-après a paru dans l’édition n° 301 des « Dernières Nouvelles d’Alsace » le vendredi 28 décembre 1979. Mr Alphonse Wollbrett, archiviste de la ville de Saverne pendant un quart de siècle, qui venait cette année-là d’être honoré par la municipalité pour les nombreux services qu’il a rendu à la communauté, ne serait-ce que par ses contributions à la connaissance de l’histoire locale, nous parle de « Saverne il y a 60 ans ». Qui mieux que lui pourrait le faire…

 

 

     Les quatre années de la guerre mondiale avaient exigé des sacrifices innombrables, souvent tragiques et imposé de dures privations à la plupart. Dans le souvenir des Savernois tout spécialement, la guerre était précédée par les évènements qui s’étaient déroulés dans les rues de la ville et sur la place centrale devant le château, alors caserne, et qui avaient manifesté d’un coté l’arrogance d’officiers prussiens, de l’autre la force de la fierté alsacienne et certaine nostalgie ; avant la fameuse « affaire » la population avait subi déjà nombre de vexations et d’humiliation au cours des années, entre autres celle de ne pas toujours voir reconnaître le libre choix de son maire. Mais « l’Affaire » avait décidément constitué le comble de l’affront.

 

     L’armistice de novembre 1918 allait répondre au profond besoin de voir cesser enfin les massacres et toutes les dures contraintes d’une longue guerre et de revenir à une vie normale d’hommes ; il signifiait aussi la fin d’un demi-siècle de soumission forcée au régime imposé par la volonté des vainqueurs de 1870. Novembre 1918 c’était à la fois l’assurance de la paix prochaine  et la fin d’une ère politique qui foulait au pied la volonté du peuple à disposer de soi.

 

     Rien d’étonnant à l’enthousiasme qui éclatait au grand jour après le départ des derniers régiments allemands (le 17 novembre) à l’entrée des troupes françaises vers le soir du 19 novembre par la route de Lutzelbourg  et le 20 où des bataillons du 356ème régiment d’infanterie avaient à leur tête le commandant Matter, originaire de Saverne. C’étaient des unités de la 73ème division, du 6ème corps d’armée du général Duport. Les troupes libératrices «étaient saluées, à la hauteur de la place du Château, par Louis Knoepffler qui depuis le 17 assumait la fonction de maire pour laquelle il avait été élu en mai 1914, mais que les autorités allemandes l’avaient empêché d’exercer. On ne rappellera pas l’ardeur de la joie populaire, les larmes des vétérans et des anciens, la curiosité satisfaite des jeunes, l’émotion de ceux qui attendaient le retour de leur fils, de leur mari, d’êtres chers.

 

 

 

     Nous nous proposons ici d’évoquer simplement la suite, ininterrompue durant une année, des manifestations publiques de retrouvailles et qui conduisent d’automne 1918 à la fin de 1919. Ces manifestations, ces fêtes qui marquent profondément les douze ou treize mois en question, furent multiples et en quelque sorte une revanche du destin. Jamais tant de hautes personnalités civiles et militaires ne se sont succédé sur ce sol reconquis au prix d’efforts et de sacrifices énormes, sur ce sol enfin retrouvé ; personnalités dont l’existence  était intimement unie au long combat  et qui furent fières et heureuses au milieu d’une population elle-même heureuse et très reconnaissante, accourue sans consignes, d’un élan spontané.

 

     Le 21 novembre, la municipalité adressa un télégramme d’allégeance au gouvernement de la République.

 

     Le samedi 23 novembre, le maréchal Pétain, alors « commandant en chef des armées de l’Est » était venu à Saverne pour rendre visite au maire Knoepffler ; il était accompagné des généraux Gérard et Douchy et revenait de Reichshoffen.

 

     Dimanche le 1er décembre, des offices de la victoire étaient célébrés dans les églises catholique et protestante. L’église principale catholique qui avait été bombardée dans la nuit du 30 juillet, avait dû rester fermée au culte jusque-là.

 

 

 

   

 

     Le matin du lundi 9 décembre, à leur retour de Metz, les deux présidents , le Lorrain Raymond Poincaré, président de la République depuis février 1913, et le Vendéen Georges Clemenceau appelé à la présidence du conseil en novembre 1917, le Tigre, accompagné du maréchal Foch, généralissime des armées alliées, et d’autres généraux, s’arrêtèrent en gare de Saverne où ils furent acclamés par une foule massée sur le quai.

 

     Mais voici que l’extrême fin de l’année fut endeuillé par le décès du maire, devenu un des symboles de la fidélité alsacienne : Louis Knoepffler, miné depuis des mois par la maladie, est décédé le 26 décembre à l’âge de 54 ans. Ses funérailles, le 30 décembre, rappelaient par le décor de la ville, les journées précédentes. Une foule consternée accompagnait le cercueil ; dans le cortège interminable les uniformes bleu horizon étaient nombreux.

 

     Louis Knoepffler qui descendait d’une lignée implantée à Saverne depuis deux siècles et dont le père et le grand-père  avaient exercé la fonction d’adjoint au maire, avait été élu conseiller et choisi comme maire en 1908 ; sa réélection comme maire au printemps de 1914 avait été refusée par les autorités allemandes. Sa présence à la tête de la ville au temps de « l’Affaire » avait été pour le moins gênante. D’ailleurs Louis Knoepffler représentait les cantons de Saverne et de Marmoutier au « Landtag » Chambre régionale alsacienne créée en 1911 et il y disait courageusement son avis touchant ces évènements désobligeants ; durant les hostilités où il perdit son fils Auguste sur le front de Russie, il était suspecté et souffrait de la solitude.

 

     Le 28 janvier on put assister à une cérémonie insolite d’ordre militaire place du château : le général de Mitry remit la fourragère au 367e R.D. ce qui fut l’occasion d’une revue et d’un défilé. La cérémonie était précédée la veille, d’une retraite militaire.

 

     Le 22 février, le général Hirschauer, Alsacien d’origine, gouverneur militaire de Strasbourg, rendit visite à Saverne.

 

     Le 28 février, la Ville envoya un télégramme à Georges Clemenceau à l’occasion de l’anniversaire de la protestation de Bordeaux contre la ratification des préliminaires  du traité de paix par l’Assemblée nationale au nouvel empire allemand proclamé à Versailles. Clemenceau était l’un des derniers protestataires survivants de l’Assemblée de Bordeaux, de la séance du 1er mars 1871.

 

     En mai 1919, la ville adopta un village de la Somme, Sailly-Laurette, dévasté par la guerre ; la décision était prise par la commission municipale qui avait été nommée en remplacement  du conseil municipal dissous  par arrêté du Commissariat général d’Alsace et de Lorraine, le 7 janvier ; la dite commission composée de 28 membres et comprenant la plupart des anciens conseillers, avait désigné Me Alfred Schisselé, élu adjoint au maire en juillet 1914, comme président, et Henry Wolff comme vice-président. De telles commissions avaient été instituées provisoirement en beaucoup de communes. Mais revenons au parrainage. Au profit du petit village sinistré, des journées furent organisées en juin: le dimanche 8, concert donné par la Caecilia sur la place du château ; lundi matin, concert offert par la musique  du 71e R.J., le soir, retraite aux flambeaux ; mardi soir, représentation théâtrales et musicale avec le concours de l’armée. La vente d’insignes-souvenirs et de fleurs  pendant ces journées de la Pentecôte, a rapporté une somme dépassant 6000 F. L’œuvre fut favorisée dans la ville par de nombreux dons : de la ville, d’entreprises (Goldenberg, Kuhn, Demange, Carrières Fischer), de particuliers  de Saverne et des environs ; de la sorte,  à l’automne, deux wagons chargés de pommes de terre, de semailles d’hiver, d’outils, fourneaux, vêtements, partirent au village filleul ; témoignage de solidarité envers des compatriotes qui avaient tout perdu.

 

     A la même époque, eut lieu une souscription pour les Sinistrés de la France ainsi que pour « l’offrande de la Libération » destinée aux veuves et orphelins de guerre. 100.000 F furent souscrits dans le canton, autant par les établissements Goldenberg, 20.000 F. par le directeur Christmann.

 

     A l’annonce de la signature imminente du traité de paix à Versailles, les cloches ont carillonné dès le soir du 23 juin : la nouvelle de l’acceptation des conditions par l’Allemagne était parvenue vers 21 h et aussitôt  elle fut communiquée par les appariteurs à la population. Une vive animation gagna les rues parcourues par les poilus et les civils ; c’était par une belle nuit d’été, veille de la St-Jean. Le lendemain, à midi nouvelle sonnerie du chœur des cloches ; et encore une fois à 20 h où un cortège avec la participation de la compagnie des pompiers et de l’harmonie Caecilia  traversait la cité pavoisée et illuminée. A propos des cloches, on rappellera que, réquisitionnées le 31 juillet 1917, elles furent retrouvées à Francfort et ramenées à Saverne le 25 mai 1919. C’est le samedi 28 juin que le traité fut effectivement signé : ce soir-là, une retraite aux flambeaux était organisée et des feux de joie étaient allumés au Haut-Barr, au Saut-du-Prince-Charles et sur d’autres sommets des environs.

 

Source : Les Dernières Nouvelles d'Alsace N° 301 du Vendredi 28 décembre 1979

 

 



09/08/2010
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